Présents A Sion (Présentation du voyage d’étude)
En attendant l’avion du retour qui est en retard – quel comble pour nous les vrais yekim obligés d’attendre un avion en provenance et à destination d’Allemagne – je commence à coucher ces quelques impressions avant d’aller en faire autant pendant le vol, histoire de
rattraper mes quelques heures de sommeil en retard. Il faut dire que nous avons vécu un programme aussi chargé qu’intéressant.
Première rencontre le lundi après-midi à Netanya face à la mer. Découverte de nouveaux couples et retrouvailles pour ceux du groupe Lech Lecha. Top départ pour le marathon des conférences avec Frédo Pachter, responsable de l’alya à Netanya. Max Zaavi de Mati est un comédien né. Il expose, pose des questions, bref il donne la pêche même si son sujet n’est pas spécialement comique : la création de petites entreprises. Ce petit coup d’adrénaline nous aide à entrer dans des sujets plus ardus et plus en top des listes des questions de chacun : la reconversion professionnelle, l’utilité d’un avocat dans le processus de location ou d’achat d’un appartement. Toutes ces informations donnent le tournis, et pas qu’à nous. Les agents immobilier
s venus présenter le quartier de Kiriat Hacharon en ont perdu le nord qu’ils ont placé au sud et le sud au nord…Israël est un autre pays. Système bancaire et sécurité sociale en dessert, nous voilà gavés d’informations pour la première journée. Il est temps de s’occuper de nos estomacs et de laisser nos cerveaux au repos quelques instants.
La soirée se continue non loin de l’hôtel par une rencontre avec la communauté de Pardess Hagedoud et des olims de France montés l’été dernier. Aucun regret d’avoir fait leur alya même s’ils ne débordent pas d’enthousiasme par rapport à leur situation actuelle. Si les enfants sont déjà presque de vrais israéliens, le parcours des parents n’est pas un long fleuve tranquille. L’oulpan est très fatiguant, le travail pas souvent au rendez-vous. Avant de se coucher, les moins poules mouillées, et ce n’est qu’une référence aux quelques gouttes qui tombent, rentrent à pied à l’hôtel. Petite marche d’une vingtaine de minutes qui permet d’aérer les quelques neurones encore réactifs.
Et ce fut la nuit, et ce fut le jour, deuxième jour…
Mardi matin, départ pour le quartier de Kiriat Hacharon et l’école primaire Moreshet Zeboulon. Accueil par la directrice et par des nouveaux olims qui nous chantent et nous offrent des petites cartes de bienvenues et des bonbons. Bon, le mien avait visiblement déjà mangé le bonbon, mais le cœur y était vraiment. Ce qui nous surprend tous est l’aisance avec laquelle ces filles et garçons, arrivés il y a à peine 8 mois, s’expriment déjà en hébreu. Un exemple que nous aimerions tous imiter. Flots de questions réponses aux enfants, aux filles qui s’occupent de leur intégration au sein de l’école et à Elie Benichou le responsable du projet. Dernières notes de musique du professeur de violon dont les élèves avaient joué un peu plus tôt et départ pour la visite des locaux et de la classe d’oulpan. Très bonne impression partagée dans le groupe pour cette école.
Mais la visite est déjà finie et le bus nous emmène à nouveau vers le bord de mer et l’oulpan Akiba. Accueil à nouveau en musique par des étudiants anglophones en plein cours d’intégration par le chant. Présentation du déroulement des cours et après quelques questions, départ vers le réfectoire pour une petite pause.
C’est déjà l’heure de quitter Netanya en direction d’Eli. Mais chaque minute doit être productive. Alors, l’estomac plein, Chalom peut s’occuper de notre nourriture spirituelle en nous commentant la route, les lieux traversés, tant sur le plan géographique, politique qu’historique et surtout biblique. Sur une des collines d’Eli nous rencontrons autour d’un goûter, d’anciens olims montés avec Chalom quelques années plus tôt. Chaleur dans les verres, chaleur dans les témoignages. La qualité de vie à Eli est telle que les adultes préfèrent faire des kilomètres chaque jour pour aller travailler plutôt que de déplacer les enfants de cet environnement. Petit tour des collines et visite de chantier d’une maison en construction. Difficile de s’imaginer quand il n’y a que quatre murs et un toit. Départ pour Jérusalem et installation à l’hôtel qui se trouve derrière Rehov Ben Yehouda. Repas puis conférence sur le Bitouah Léumi et ses différentes allocations.
Et ce fut la nuit, et ce fut le jour…mercredi
Après un réveil impromptu pour les clients du 1er étage à 4h30 du matin par un pope orthodoxe cherchant des volontaires pour l’office du matin….départ pour Pisgat Zeev au nord de Jérusalem. Accueil par un représentant de la mairie et présentation de la ville quartier, 50 000 habitants quand même, par des israéliens, anciens olims de France. Visite de crèches et de l’école Noam pour filles ainsi que de la synagogue installée sous l’école où certains d’entre nous passeront Chabat. Un petit groupe de françaises de classe de 6ème nous présentent dans un français devenu un peu hésitant, leur journée et les activités extra scolaires riches et variées. Brève rencontre dans une autre shule, où nous sommes, comme partout d’ailleurs, accueillis très chaleureusement et attendus avec impatience et plaisir une fois le pas franchi de l’alya.
Retour au bus et départ pour Ofra. A nouveau petite leçon d’histoire et de géographie sur le chemin avant un repas et une pause au doux soleil de février. Rencontre avec des jeunes françaises de l’Oulpena d’Ofra qui nous laissent visiter leur chambre et répondent de façon très directe à toutes les questions. Puis on se dirige dans une des maisons d’Ofra un peu plus loin où tout le groupe est invité à prendre le café. Félicitation à la maîtresse de maison pour son accueil et ses gâteaux. Là encore les olims de France, jeunes arrivants ou plus vieux habitants d’Ofra, rentrent et sortent et répondent aux jets de questions. Puis des têtes à têtes s’improvisent et on peut alors être plus spécifique, chacun parler de ce qui nous préoccupe. Toutes les bonnes choses ont une fin et il faut déjà prendre la direction de Jérusalem, après une petite pause pour faire Minha. Lors de ce voyage, la délicieuse odeur des croissants pour le lendemain est à peine supportable pour ceux assis devant dans le bus…Petit changement de programme et retour aux conférences d’après le repas. D’abord le déménagement : les bonnes raisons de ne pas faire de cadre, les bonnes raisons d’en faire et comment. Voilà encore une bonne raison de ne plus savoir quoi faire. Après quelques conseils d’un expert comptable sur la manière de régler ses affaires en France, nous sommes tous à ramasser à la petite cuillère et décidons de remettre au lendemain la petite ballade autour de Jérusalem prévu initialement au programme. Demain la journée commence tôt, très tôt.
Et ce fut la nuit, et ce fut le jour, jeudi aux aurores.
Israël est une terre de miracle….à 4h30 tout le monde est dans le lobby de l’hôtel avec manteaux et enfants pour un départ vers Hébron et la grotte des patriar
ches. Comme nous l’explique Chalom, le bus suit le chemin des patriarches, et les commentaires permettent à certains de rester éveillés. Arrivée au tombeau juste avant le netz. Petite halte au pied du bâtiment pour un nouveau cours d’historio-spiritualité. Puis le silence se fait, chacun se concentre sur ses émotions et la prière commence. A la sortie de l’office, chacun prend son temps pour replonger dans la réalité. En attendant les autres, Chalom nous raconte l’histoire de cette vieille femme qui passe, une tsadeket, montée en Israël il y a quelques années. Décidément, Chalom connaît tout le monde. Nous sommes attendus un peu plus loin, dans Hébron, pour enfin goûter à ces croissants qui nous ont titillés les narines la veille et le matin même. Drôle d’impression. Nous sommes au milieu de Hébron mais il n’y a pas de séparation entre juifs et arabes. Des petites filles et des petits garçons vont à l’école ou attendent le ramassage scolaire. Ce qui les distinguent…seulement leur façon de s’habiller et encore. Au milieu de Hébron on est à mille lieux des clichés de la télévision française. Personnellement je ne ressens aucune crainte, aucune appréhension. Mais on sait que les apparences peuvent être trompeuses, que le calme précède la tempête. Enfin il fallait quand même le voir avec ses propres yeux et non par l’objectif de journalistes pas toujours objectifs.
Retour à Jérusalem et dispersion du groupe. Chalom et l’association AMI ont concocté pour chacun un programme de rendez-vous professionnels. Pour notre part, nous avons loué une voiture et nous partons en direction de Guivat Washington, le lycée français religieux pour filles où Noémie, mon aînée, est inscrite pour continuer ses études en 1ère et terminale. Le campus se situe non loin d’Ashdod et est magnifique, très vert. La directrice nous reçoit et nous fait faire le tour du propriétaire. Bâtiment de l’internat, chambrée de trois, installations sportives avec piscine – il y a sur le campus un institut de formation en sport, ceci explique cela – cafétéria, synagogue où l’espace femme est plus grand que celui des hommes, et enfin la cantine. Nous mangeons avec les autres élèves du campus. Petite anecdote : les françaises n’étant pas très friandes de friture, le chef leur prépare tous les jours un plat spécial plus léger. Nous quittons La Guiva, comme on dit, rassurés et persuadés que Noémie y sera très épanouie. Direction Tel Aviv pour un rendez-vous professionnel que Laurent a décroché. Moi j’attends dans la voiture en somnolant. Redémarrage vers une table ronde organisée pour les financiers et pro du marketing du groupe. En chemin on passe devant un Canyon et je descends pour me plonger dans la vie quotidienne israélienne. Petit passage chez Orange pour un problème de téléphone. Mise en pratique des choses apprises lors des conférences. On me demande de signer un papier sans me le montrer puisque la signature se fait de façon électronique sur un petit support numérique. En anglais je demande à voir ce que je vais signer. Air surprise de la vendeuse mais en insistant un peu elle me sort une copie papier du formulaire à signer…..Il est tout en hébreu ce qui ne m’aide pas beaucoup. J’arrive à demander quelques explications et signe finalement. Il y a du chemin à faire pour être de vrais israéliens ou du moins des israéliens conscients….Après quelques achats de vidéos en hébreu pour parfaire l’apprentissage de la langue, retour à Jérusalem juste à temps pour avaler quelque chose avant le début de la conférence d’Ida Akkerman sur les ados et l’alya. Après avoir lu quelques poèmes et des extraits de son livre, Ida nous raconte comment elle a survécu durant la Shoah. Témoignage émouvant même si je n’adhère pas toujours à sa vision très extrême et catégorielle sur les français « tous collabos, tous salauds ». Si je suis en mesure d’écrire ces quelques lignes aujourd’hui c’est grâce à des français, gendarmes, institutrices, simples paysans qui ont au risque de leur vie et sans demandé rien en retour, caché ma mère, alors petite fille de l’âge de ma fille Tamar aujourd’hui, ses parents et grands-parents. J’ai d’ailleurs eu le privilège il y a quelques années de seconder mon grand père pour leur faire attribuer la médaille des Justes et je suis encore en contacts réguliers avec eux et leurs descendants, même si dans ma famille, tous les témoins de cette époque s’en sont allés. Par contre, j’adhère à 100 % avec sa réponse concernant le problème que l’on rencontre tous pour expliquer notre choix aux parents et amis. Chacun doit vivre sa vie et suivre son chemin. Le respect de l’autre, de ce qu’il est, de ce qu’il fait est la valeur fondamentale de la cohésion d’un groupe voire d’une famille.
Et ce fut la nuit, et ce fut le jour, vendredi matin
Le vendredi matin est libre. Nous en profitons pour prendre le petit déjeuner avec un vieux copain de Laurent que l’on n’a pas vu depuis plus de 15 ans. C’est incroyable comme il est facile avec certaines personnes de reprendre si facilement des conversations restées silencieuses depuis si longtemps. Ensuite un petit tour sur la tombe des grands-parents de Laurent enterrés à Guivat Chaul puis retour au centre pour humer l’air de Mahané Yéhouda, ses bruits, ses couleurs. Un peu de marche pour rejoindre d’autres amis, casser une petite croûte et nous sommes de retour à l’hôtel. Tous ceux qui passent Chabat à Pisgat Zeev, comme nous, sont là avec valises et bouquets de fleurs à la main. En arrivant devant l’école Noam, visité quelques jours plus tôt, nous rejoignons nos familles d’accueil. Le monde est décidément petit, surtout en Israël. Nous sommes accueillis par Jérémy Alembik, lui-même originaire de Metz et fils de bons copains et par sa femme Aurélie. Ce n’est que mardi dernier que j’avais appris par hasard qu’il habitait à Pisgat Zeev et nous voilà réunis. Après l’office qui s’est terminé sur une air d’Enrico Macias, nous mangeons dans notre famille d’accueil. Puis retour à la synagogue pour un petit tour de chaises comme l’affectionne visiblement Chalom, en présence de rav Zukerman. Chacun, ceux du groupe et ceux des familles d’accueil, se présente et raconte son expérience. Rav Zukerman conclut en répondant aux hésitations exprimées par les uns et les autres que l’important est de prendre la décision et de le faire maintenant.
Et ce fut la nuit et ce fut le jour, Chabat
L’office est suivi d’un kiddouch puis d’une petite ballade à la découverte de Pisgat Zeev. En fait nous grimpons la petite colline de l’autre côté de l’école et de là haut nous avons une vue magnifique sur tout le quartier, les villages arabes alentour et les vallées. Elie Chicheportiche prend le relais de Chalom en son absence pour nous faire un petit cours de géographie politique et historique. Il répond directement aux différentes questions notamment celles concernant les arabes habitant à quelques encablures de là où nous nous trouvons. Pour ceux qui ne veulent pas habiter face à la barrière de sécurité et qui préfèrent
entendre de façon plus lointaine l’appel à la prière 5 fois par jour dont une à 3h du matin, Pisgat Zeev possède des quartiers plus calmes et plus centrés. Je repère d’ailleurs certaines rues avec des petits immeubles à grandes terrasses et terrains de jeux qui m’ont l’air très sympa. Petite anecdote. Pour ne pas avoir à porter sa poussette dans les escaliers, Betty la laisse au bas des marches après avoir demandé si cela pouvait se faire. Quelques dizaines de minutes plus tard, un policier surgit furieux et lui passe un savon car ils se sont déplacés suite à un appel téléphonique d’habitant ayant repéré une poussette abandonnée avec un sac. Belle preuve sécuritaire. Après un délicieux repas pris en commun avec les familles d’accueil et d’autres français qui sont venus dire un petit bonjour et parler de leur expérience, nous nous retirons pour ne pas déroger à la coutume de la sieste de Chabat. Retour pour minha suivi d’un cours de Rav Zukerman en hebreu. Il faut dire que cette communauté qui nous accueille est complètement israélienne même si elle a été créée par un noyau de français. Il n’est pas anodin de remarquer que ces israéliens, anciens olims de France, se parlent entre eux en hébreu. Preuve d’intégration et d’ouverture.
Retour dans les familles d’accueil pour terminer les valises avant le dernier rendez-vous du groupe. Nous sommes à nouveau en cercle, réunis avec les personnes qui ont passé Chabat à Ofra. Malheureusement, ceux de Netanya ne nous rejoindront pas. Nouveau tour de table en présence de Chalom, Liat, Rav Zukerman et sa femme. Flots mérités de remerciements pour Chalom et son organisation. Ce fut une semaine intense et productive même si certaines questions restent encore en suspens. Flots de remerciements pour la communauté de Pisgat Zeev et tous ceux dont l’accueil a été aussi chaleureux qu’enrichissant. Pour nous qui avons décidés de venir ici nous installer à partir du 24 juillet prochain – et oui, nous sommes les seuls à déjà connaître la date et le lieu, mais quand on est yeke on ne se refait pas – nous avons déjà l’impression de faire partie de la famille. C’est un sentiment aussi agréable que rassurant. Pour les autres, leur vision a évolué durant cette semaine même si certains hésitent pour de multiples raisons à faire le pas rapidement et d’autres ne sont pas encore sûrs de leur destination.
En conclusion, c’est sans doute toutes ces images, tous ces témoignages, toutes ces questions et ces réponses enmagasinés pendant la semaine qui rendent nos paupières lourdes et nous donnent cette irrésistibles envie de dormir. J’ai le sentiment que je viens de tourner une page, celle peut être de l’utopie, du rêve et que j’ouvre à présent celle de la réalité vue, palpée et comprise dans toutes ces promesses et ses difficultés. Avant de poser le point final, je voudrais remercier Chalom de nous avoir montrer la réalité de l’alya telle qu’elle est, sans en cacher les obstacles ce qui est courageux.
Maintenant les choses sérieuses commencent mais par expérience personnelle je peux dire qu’une fois que l’on sait quand et où on part, le reste devient presque une formalité.
Bonne continue à Sion dans vos préparatifs.
Valérie Cudkowicz - Metz