Je m´appelle Gilles. Je suis âgé de 48 ans, marié et père de 3 enfants (16, 13 et12 ans).
Nous sommes monté en Israël pendant l´été 2007
En France, j´étais psychiatre et j´exerçais pour moitié en milieu hospitalier (responsable d´un centre de consultations de 10 médecins et 10 paramédicaux et d´une unité de soins à domicile) et pour moitié en cabinet privé. Mon activité m´apportait renommé et satisfactions, tant intellectuelle que pécuniaire.
Mon épouse, après 7 ans d´industrie à dessiner des missiles, a choisi l´enseignement où elle a rapidement bénéficié d´une excellente réputation.
Des enfants bien insérés à l´école, des amis juifs ou non juifs, une communauté de quartier fort sympathique, un avenir assuré et enviable...
Pourquoi monter alors. Je pourrais vous donner toutes les raisons de notre choix d´alors, mais je sais aujourd´hui qu´elles sont très incomplètes, car en Eretz on ajoute une dimension.
Nous avions soigneusement préparer notre alyah, pendant 4 ans, et je dois dire que nous avions parfaitement mesuré les difficultés et trouvé des solutions appropriées. Mais 4 ans après, les données n´étaient plus les mêmes, notamment pour ce qui concerne la scolarité des enfants et il nous a fallu revoir notre projet. Première découverte à notre descente d´avion. : rien ne sert d´attendre.
Et puis très vite une sensation étrange, d´enracinement rapide, de perception naturelle des événements, bons ou moins bons. Ai-je vraiment décidé de venir ou suis-je porté par une histoire en marche.
En Israel depuis 24 heures et me voilà interviewé en direct et en hébreu par la radio Kol Israel, moi qui sait à peine commander une pizza au restaurant. La sanction est imm
édiate : je dois passer le micro à ma jeune soeur dont l´hébreu fluide couvrira mon ignorance. L´instant qui suit, mon téléphone sonne et on me propose un emploi « quand vous aurez fini l´oulpan ».
Septembre 2007 et la rentrée scolaire. ça se passe mal pour ma plus jeune fille. On l´oublie au fond de la classe puisqu´elle ne parle pas l´hébreu. Elle n´est même pas autorisée à participer aux activités sportives, pour le même motif. Et cette école se dit religieuse. Après une semaine de pleurs, nous rencontrons une autre école, un autre directeur. Il ne sait pas si son école conviendra à notre fille ni si la mairie avalisera le changement, mais il tient à intégrer une famille d´olim hadachim. Et c´est moi qui pleure. J´ai fait mal à ma fille avec tout mon amour pour elle et pour son avenir. Mais On m´aide. Chalom a bien raison : l´intégration passe par l´intégration des enfants.
octobre 2007, j´arrive à l´oulpan. Une femme tombe à la station d´autobus. Elle est en arrêt cardiaque et manifestement a été opérée du coeur il y a peu de temps.
Seul, a réanimation est improbable, mais j´essaie. Le Magen David Adom arrive est prends le relais. J´apprends quelques heures plus tard qu´elle est en vie. 2 se
maines passent et me voilà sous les roues d´un autobus arabe. Je me relève et rien n´explique que j´ai si peu de blessures. MDA arrive et le médecin me reconnaît. C´est la même équipe qu´il y a 15 jours.
Décembre et ma première conversation téléphonique entièrement en hébreu, certes sommaire, mais il ne me manque qu´un mot. Mon interlocuteur me le traduit car il est francophone!
L´oulpan s´apparente parfois à une punition tant je suis en difficulté. Mais fin janvier je réussis l´examen et le monde professionnel s´ouvre. Je tiens à travailler en hébreu, ou tout du moins montrer que j´en suis capable. De même les divrei thora en hébreu me sont enfin accessibles.
Mon épouse est inquiète. Elle est major de l´oulpan à l´examen d´hébreu mais craint de ne pouvoir enseigner en septembre 2008. Alors on lui propose un poste en janvier 2008, un programme israelien mais pour des élèves francophones. un début en douceur.
Avril 2008. C´est fait, l´armée me recrute avec un contrat de 18 mois et un salaire très correct pour Israël. L´administration se met en marche et je débute effectivement en décembre 2008. Ce contre-temps a permis à mon épouse l´assiduité et le travail nécessaires aux cours d´été pour obtenir l´équivalence de ses diplômes.
Septembre 2008, la rentrée scolaire. Les enfants ne comprennent pas immédiatement pourquoi désormais ils sont astreints aux mêmes devoirs que les autres, aux mêmes interrogations en cours. L´ambiance se tend à la maison, mais leurs progrès sont impressionnants. J´aimerais progresser aussi vite qu´eux.
Novembre 2008, une tragédie, un ami, compagnon d´alyah, décède accidentellement. Pourquoi. Lui a sans doute la réponse, dans sa nouvelle existence au Gan Eden.
Aujourd´hui. mon épouse et moi travaillons. C´est dur d´être un débutant médiocre à mon âge...
« Mais il cherche à nous dégoûter de venir vivre en Israel ou quoi ? »
Oh, non. Juste quelques témoignages pour vous amenez à comprendre ce qui suit. Certains disent que la vie en Israel est dure. C´est faux ! En Israel, on vit; on vit intensément. Chaque instant est chargé de sens et de perceptions.
J´entends dire que les fruits d´Israel sont les plus beaux du monde. Pour qui a voyagé sous les tropiques, c´est très exagéré. Mais il est vrai que leur goût ici est incomparable, même lorsqu´il sont produit à l´étranger. J´en conclue donc que c´est ma perception du goût qui a changée et c´est là l´un des secret de l´alyah. A vivre de vérité, on comprend les choses et les événements dans leurs plus intimes ramifications. On quitte ce confort cotonneux et factice de Houts laAretz. Alors les douleurs de l´existence sont vécues avec brutalité, sans filtres, mais aussi les joies à la saveur inimitable.
En conséquence, les israeliens sont des gens authentiques. leurs sourires ou leurs colère ne seront jamais factices. Et c´est un plaisir au quotidien.
J´aimerais que vous gardiez de ces bribes de mon histoire quelques éléments :
1 : L´alyah vous introduit dans une vie intense et riche, parfois déroutante ou sévère, mais en définitive un grand sentiment intérieur
de paix.
2 : Votre alyah est guidée par une instance supérieure qui sait ce dont vous avez besoin. Pour paraphraser Einstein, D-ieu ne joue pas aux dés. D´ailleurs, les amis de France qui trouvent votre projet absurde comprennent bien combien il est triste de savoir que son heure n´est pas encore arrivée.3 : Préparer votre alyah, matériellement et spirituellement. Par matériel, je veux dire donnez-vous la possibilité de travailler ici, c´est à dire l´hébreu. l´argent de côté est sans doute utile mais il s´épuisera, alors que votre capacité de travail perdurera.
4 : Alyah veut dire monter, au sens spirituel, quelque soit votre degré de pratique religieuse. L´hébreu moderne, par sa grammaire et sa structure, vous dévoilera tant d´idées psychologiques, philosophiques ou simplement quotidiennes, qu´il ne peut s´agir que d´une langue sainte.
5 : Attention, vous ne venez pas dans le plus beau pays du monde. Vous arrivez à la porte du paradis et vous lui appartenez. Pour vous et par vous la terre fleurit et vous vous épanouissez.
A très bientôt.
behatslakha.